Mieux comprendre la résilience

par Florine Oury
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Certains savent mieux faire face aux événements négatifs de la vie que d’autres qui ne réussissent pas à s’adapter. Alors qu’une personne a la force de maintenir ses espoirs dans la vie face à des situations extrêmement pénibles, une autre peut ne pas posséder la même capacité et le caractère nécessaire pour faire face et peut très vite abandonner. Le concept qui est utilisé pour décrire une telle différence de caractère entre les individus est appelé la résilience.

La plupart des définitions s’accordent à lier la résilience à l’adversité et à l’adaptation (Fletcher & Sarkar, 2013). Selon le Larousse, en physique, la résilience est une caractéristique mécanique définissant la résistance aux chocs d’un matériau. La traduction du terme anglais resilience est « rebondissement ». Ainsi, la déduction possible en appliquant le terme « résilience » à l’être humain serait que la résilience est la capacité d’une personne à rebondir suite à un choc - émotionnel ou même physique -, soit un traumatisme.

En psychologie, la résilience est encore sujette à débat. Certains chercheurs l’assimilent à un trait de personnalité, d’autres à un processus psychologique, c’est-à-dire comme étant le déroulement des opérations mentales qui amène à un résultat donné. Lorsque la résilience est vue comme un « trait », elle est considérée comme étant un trait de personnalité inné et relativement stable (Block & Block, 2006). Elle serait donc un trait individuel, possédée de manière plus ou moins développée par les individus, on parle alors de l’approche des différences individuelles. Pour la résilience « processus », Haase (2014) propose la définition selon laquelle la résilience est un processus/résultat consistant à identifier ou à développer des ressources et des forces pour parvenir à un résultat positif, un sentiment de confiance / de maîtrise, de transcendance et d'estime de soi. Cela suggère qu’elle est représentée par une constellation de caractéristiques dont a besoin un individu pour s’adapter aux circonstances qu’il rencontre (Connor & Davidson, 2003). Ces caractéristiques sont des facteurs protecteurs, que Rutter (1985) définit comme les influences qui modifient, améliorent ou altèrent la réponse d’une personne à un événement de vie négatif, ou un danger dans son environnement. Ainsi, la résilience serait modifiée suite à des événements de vie négatifs. Il s’agit là de l’approche situationnelle de la résilience.

La psychologie traditionnelle a souvent souligné les conditions négatives variées qui mènent à l’émergence de traits de personnalité négatifs chez les gens. Cependant, une telle approche est maintenant critiquée par la psychologie positive. Menée d’un point de vue fondamentalement humaniste, elle suggère que les individus pourraient être capables de préserver leur santé mentale et de s’ajuster aux troubles à travers un nombre de traits de personnalité innés ou acquis (Seligman & Csikszentmihalyi, 2000). La résilience représente alors une force positive individuelle. De nombreuses études depuis les années 50 se sont focalisées sur l’importance des capacités individuelles. Dans ses études, les facteurs de risque et de protection étaient associés aux capacités des individus de faire face à des conditions difficiles. D’autres séries d’études se sont par ailleurs intéressées aux conditions contextuelles. En bref, la résilience ne peut pas être attribuée à un simple facteur, elle semble être un produit de l’interaction entre l’individu et son environnement.

Allant dans le même sens, d’autres recherches sur la résilience ont étudié le sujet depuis plusieurs points de vue : celui des caractéristiques familiales ou personnelles et celui des fonctionnements, des processus ou des comportements. Trois facteurs ressortent en général de ces études (Haase, 2004). Le premier concerne les caractéristiques personnelles (la santé en général, les prédispositions génétiques, le tempérament, les stratégies de coping, les traits de personnalité, les capacités de communication, les fonctions cognitives, etc.), le deuxième concerne les caractéristiques familiales (l’environnement familial, les approches parentales et les liens avec d’autres membres de la famille) et le troisième concerne le système de support externe, lequel inclut les amis, les enseignants, les voisins ou d’autres personnes qui peuvent aider à faire face de par leur soutien, leur écoute, aussi bien que de proposer des ressources sociales variées comme des programmes après l’école, des services de santé et des services sociaux (Ungar, 2013).

Un modèle contenant ces trois facteurs a été développé par Friborg (2005). Le modèle en question inclut six dimensions : la perception de soi, la perception du futur, le style de structure, la compétence sociale, la cohésion familiale et les ressources sociales. La perception de soi implique la perception de son identité propre. La perception du futur concerne le regard positif envers le futur. Le style de structure implique des qualités individuelles fortes comme la confiance en soi et l’autodiscipline. Les compétences sociales représentent un support adéquat reçu de la part d’une personne de l’environnement immédiat. La cohésion familiale est un facteur associé aux relations harmonieuses et au support familial maintenu entre l’individu et sa famille. Et pour finir, les ressources sociales représentent la qualité de ses propres relations sociales. Il n’existe donc pas encore de consensus sur le concept de résilience psychologique. Cependant il est aisé de constater que de nombreux facteurs interagissent avec elle, telles les caractéristiques individuelles et situationnelles.

L'importance de la famille est également présente dans l'approche de Boris Cyrulnik (2019), qui lie les capacités de résilience à la théorie de l'attachement. Un traumatisme impactera différemment selon notre génétique, notre développement et notre histoire. En effet, notre développement et notre histoire nous permettent d'acquérir nombre de facteurs de protection (base de sécurité, empreinte maternelle, vie affective et sociale bien équilibrée) qui nous feront réagir plus ou moins bien à un traumatisme. Mais après le traumatisme, une personne ayant peu de facteurs de protection ne sera pas en mesure de surmonter son épreuve. Bien sûr rien n'est définitif. Ainsi, si une personne reçoit un soutien sécurisant même après son trauma, elle pourra développer un processus de résilience efficace.

Les individus naissent donc avec certaines caractéristiques mais continuent de se développer. Les événements de vie négatifs sont alors un important déclencheur du développement des capacités de faire face. Ces différences individuelles pour faire face à des événements de vie négatifs peuvent donc se retrouver au travers de la personnalité, et les différences situationnelles peuvent être observées au travers du support social.

Florine Oury est psychologue membre de la Fédération suisse des psychologues. Elle exerce en tant que psychologue indépendante dans le canton de Fribourg. 

  

Références bibliographiques

Block, J., & Block, J. H. (2006). Venturing a 30-year longitudinal study. American Psychologist, 61(4), 315-327. doi: 10.1037/0003-066X.61.4.315

Connor, K. M., & Davidson, J.R.T. (2003). Development of a new resilience scale: The Connor-Davidson Resilience Scale (CD-RISC). 76-82.

Cyrulnik, B. (2019). Conférence "les facteurs de risques et de protection". Mons, le 13 mars 2019.

Fletcher, D. & Sarkar, M. (2013). Psychological resilience: A review and critique of definitions, concepts, and theory. European Psychologist, 18, 12-23. 10.1027/1016-9040/a000124.

Friborg, O., Barlaug, D., Martinussen, M., Rosenvinge, J. H. and Hjemdal, O. (2005). Resilience in relation to personality and intelligence. Int. J. Methods Psychiatr. Res., 14, 29–42. doi:10.1002/mpr.15

Haase, J. E. (2004). The adolescent resilience model as a guide to interventions. Journal of Pediatric Oncology Nursing, 21(5), 289-299.

Haase, J. E., Kintner, E. K., Monahan, P. O., & Robb, S. L. (2014). The Resilience in Illness Model (RIM) Part 1: Exploratory Evaluation in Adolescents and Young Adults with Cancer. Cancer Nursing, 37(3), E1–E12. http://doi.org/10.1097/NCC.0b013e31828941bb

Rutter, M. (1985). Resilience in the face of adversity: Protective factors and resistance to psychiatric disorder. British Journal of Psychiatry, 147, 598–611. doi: 10.1192/bjp. 147.6.598

Seligman, M.E.P. & Csikszentmihalyi, M. (2000). Positive psychology: An introduction. American Psychologist, 55(1), 5-14.

Ungar, M. (2013). Resilience after maltreatment: The importance of social services as facilitators of positive adaptation. Child Abuse & Neglect, 37, 2, 110-115.

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