Du rétablissement aux ajustements

par Grégory Dessart
dans Blog
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LE RÉTABLISSEMENT

Le rétablissement peut être compris comme l'atteinte, à nouveau, d'un état de santé après être passé par un état de maladie. Il en va de même pour les difficultés psychiques. Le mouvement du rétablissement (Recovery Movement) part du principe qu'il est possible de se rétablir de "maladies" psychiques graves, et que la personne ne doit pas être réduite à son "trouble".

Le diagnostic est une manière de caractériser le fonctionnement d'une personne à une période de vie donnée, et ne doit pas devenir une prophétie, c'est-à-dire qu'il ne doit pas tomber comme une règle prospective pour le reste de la vie de la personne. Il s'agit de ne pas stigmatiser, discriminer, ni isoler les personnes qui auraient reçu un diagnostic par des professionnels de la santé mentale.

Le Recovery a proposé un changement de "lunettes": il insiste sur la nécessité de méthodes centrées sur la personne et son auto-détermination, sa résilience, sa capacité à faire face à l'adversité, plutôt que de ne voir que des déficits. Il propose d'envisager les soins de santé mentale sur la même base, celle du rétablissement, que les soins de santé généraux.

NOS TENDANCES

Dans un post précédent, j'abordais la question de la tendance que chacun-e peut avoir vers une psychopathologie connue. On peut y regarder comme ceci: si on prend la phobie sociale, par exemple, on constate que l'on peut tout-e-s  ressentir de l'anxiété dans des situations sociales, à divers degrés et ceci peut-être plus ou moins invalidant; si on prend la dépression, on peut identifier différents niveau de déprime, d'inactivité et de manque d'énergie, entre une forme olympienne et un état dépressif qui nous handicape à longueur de journée. Il est donc question d'intensité, de fréquence, de durée et de souffrance associée, ou non.

Bien sûr, il ne s'agit pas non plus de nier la souffrance extrême à laquelle font face des personnes chez qui une tendance se serait manifestée sous une forme tellement invalidante que l'ensemble de leur vie actuelle tourne autour de ces difficultés. Il revient surtout à ne pas mettre un voile sur la possibilité que nos différentes tendances nous amènent un jour à un tel degré de difficultés. Pour cela, il est bon d'apprendre à se connaître, et surtout d'en tenir compte dans nos prises de décision et nos actions au quotidien.

UN ENTRE-DEUX PORTEUR

Une vision reposant sur ces deux approches en les combinant, et que je partage, consiste à identifier des tendances personnelles vers certaines psychopathologies, de sorte à en tenir compte dans notre quotidien, et à orienter nos actions parmi ces tendances, d'une part, et vers nos objectifs et valeurs, d'autre part - à compter qu'il y aurait discordance entre les deux, ce qui n'est pas nécessairement le cas.

Admettons que j'aie identifié une de mes tendances, qui serait de vivre des émotions douloureuses et à m'isoler, et que cet isolement active en retour de telles émotions. Disons que cette tendance est générale, et m'amène à cet état (vécu émotionnel pénible et isolement) si je n'agis pas dessus, si je "laisse aller" les choses. Si mon but est d'être actif, de me sentir en forme et d'être entouré mais pas trop, il serait peut-être pertinent pour moi d'ajuster ma participation à des activités sociales, jusqu'à ce qu'elles me comblent, de clarifier mes objectifs afin de pouvoir savoir quand je suis "dans le bon" par rapport à ce que je souhaite, de prévoir des moments de relâche pour ne pas me "brûler", etc.

Un autre exemple pourrait être que j'ai tendance à être rêveur-se, à "déconnecter" et partir dans mes pensées. Je pourrais en souffrir si j'avais l'impression de ne pas voir le temps qui passe et de laisser s'accumuler des tâches qui ensuite me submergent. Supposons que la mise en place de moments de méditation m'aide à me fixer dans le présent et à gérer mes tâches en temps voulu. Très bien. Toutefois, il se peut que je ne me reconnaisse pas tout à fait, et que je ne puisse me passer de cette tendance à "rêvasser", parce qu'elle me caractérise ainsi qu'elle me permet d'être prolifique dans mes créations artistiques - on voit au passage, que nos tendances peuvent bien sûr être adaptatives. Il s'agira alors d'être aussi concrèt-e que possible dans mes besoins et les situations/moments où ma tendance habituelle (rêver) est souhaitée et les autres fois où ma nouvelle tendance à être bien ancré-e dans le présent est nécessaire.

Il n'y a pas de solution miracle, et nous nous situerons toujours dans des entre-deux, des compromis, une dialectique, qui nous convient suffisamment. Il n'y a pas non plus de "remède" général, et il est primordial de tenir compte de nos tendances à chacun-e, avec nos particularités, qu'elles nous plaisent ou non (on est loin du moi idéal, même s'il peut être un guide!), et dans cette imperfection, nous pourrons nous rapprocher un peu plus de ce à quoi nous aspirons. Il ne s'agit pas d'une route toute droite et toute tracée.

Un parallèle peut être fait avec le sport et les objectifs de course, par exemple. Il est bien plus profitable, en général, de connaître son fonctionnement, ses faiblesses perçues et de mettre en place des stratégies qui en tiennent compte, plutôt que de "s'acharner" à tout prix en niant la réalité, nos limites et nos blessures, existantes (exprimées par des douleurs actuelles) et passées (points de vulnérabilité pouvant mener à de la douleur dans le présent).

POUR CONCLURE

Entre le rétablissement de ce qui serait un "trouble" et des tendances multiples, je prends la posture de la résilience et de l'adaptation spécifique à/de chaque personne. Il s'agira toujours pour moi de considérer l'unicité de chaque personne, dans une perspective positive et constructive, et face à des situations concrètes. Il n'y a pas de "bien" ou de "bonheur" dans l'absolu, mais dans des situations réelles. Il n'y a pas de stabilité figée, mais du potentiel à exprimer.

Grégory Dessart
Psychologue FSP

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